La montagne française au sommet, avec Laurent Reynaud

À retenir : L’économie du ski place la France au premier rang mondial en 2025-2026, avec 56,1 millions de journées-skieurs. Laurent Reynaud, délégué général de Domaines Skiables de France, en détaille le poids : emplois, investissements, taxe Montagne. Il évoque aussi le partage de l’eau et l’aide aux petites stations.

Pour ce premier épisode de Podcabine, je reçois Laurent Reynaud, délégué général de Domaines Skiables de France, dans les Bulles du téléphérique de la Bastille, à Grenoble. Le temps d’un aller-retour au-dessus de l’Isère, nous parlons de l’économie du ski : ce qu’elle rapporte, qui elle fait vivre et ce qu’elle doit encore prouver.

Le moment s’y prête. La France vient de redevenir la première destination mondiale du ski, et la profession se retrouve à Valence pour son congrès annuel. Entre emplois, investissements, taxe Montagne, partage de l’eau et petites stations, mon invité répond sans détour. Vous trouverez ici les idées fortes de l’échange, mais le reste se joue à l’écoute.

Regarder ou écouter l’épisode 01 de Podcabine

🎧 Écouter cet épisode sur Spotify

Le sommaire de l’épisode

  • 00:00 Introduction
  • 00:51 Domaines Skiables de France, c’est quoi ?
  • 01:55 Le téléphérique de la Bastille, une histoire depuis 1934
  • 03:38 Congrès de Valence : la solidarité avec les petites stations
  • 05:27 2027 et la loi Montagne : quelle politique pour la montagne ?
  • 05:55 La France redevient n°1 mondial du ski
  • 07:32 Enneigement et climat : les stratégies d’adaptation
  • 08:33 120 000 emplois qui dépendent des remontées
  • 09:53 555 millions d’euros réinvestis chaque année
  • 10:34 La taxe Montagne : 100 millions pour les territoires
  • 12:57 Privé, SEM ou régie : qui exploite les domaines ?
  • 13:56 Pastoralisme et partage de l’eau
  • 16:04 Éco-engagements : démontages, sobriété hydrique, carbone
  • 18:18 Le message depuis le sommet
  • 19:00 Les 50 ans des Bulles et le mot de la fin

Domaines Skiables de France, la maison commune des remontées mécaniques

Domaines Skiables de France est la chambre professionnelle de tous les exploitants de remontées mécaniques et de pistes de ski. Ses adhérents ne sont donc pas des personnes, mais des entreprises, grandes ou petites. On en trouve en Isère, en Savoie et en Haute-Savoie, mais aussi dans les Pyrénées, le Massif central, les Vosges, en Corse, et même sur l’île de la Réunion.

Chaque exploitant cotise selon son chiffre d’affaires. Ainsi, la chambre peut défendre, représenter, informer et former ces entreprises et leurs salariés. Au total, la France compte environ 3 000 remontées mécaniques, pour l’essentiel tournées vers le ski.

Le décor de l’entretien raconte d’ailleurs cette histoire. Selon Laurent Reynaud, quinze téléphériques se sont regroupés en 1938 pour fonder la chambre, bien avant l’essor du ski de masse. Le téléphérique de la Bastille, mis en service en 1934, a été reconstruit en 1976 avec les Bulles qui fêtent aujourd’hui leurs 50 ans.

À lire : Téléphérique de Dinant : MND construira le nouvel appareil

La France redevient numéro 1 : ce que dit l’économie du ski

La France a repris la première place mondiale du ski lors de la saison 2025-2026. Selon Domaines Skiables de France, les stations ont enregistré 56,1 millions de journées-skieurs l’hiver dernier. C’est, d’après mon invité, la troisième meilleure saison jamais réalisée.

Laurent Reynaud place le ski parmi les fleurons du tourisme français, au même titre que la tour Eiffel ou la Côte d’Azur. Il rappelle qu’« il y a plus de journées de ski réalisées en France que dans toute la Suisse ». En revanche, la place de leader se dispute chaque année au coude à coude avec l’Autriche et les États-Unis.

Toutefois, il ne parle pas de croissance. Hors Asie, l’économie du ski est selon lui une économie mature, ni en croissance ni en déclin structurel. Tous les pays font face aux mêmes aléas d’enneigement, que le réchauffement climatique va amplifier. Les réponses tiennent donc en deux mots : diversification et consolidation du produit neige. Cette consolidation passe par l’engazonnement, les barrières à neige, le damage et la neige de culture.

À lire : Sommet climat des stations de ski : rendez-vous à Sun Valley

Congrès Domaines Skiables de France 2026 : ce qui se joue

Emplois et investissements : le poids réel des stations

Derrière les photos de vacances, les stations font vivre des dizaines de milliers de familles. Les domaines skiables emploient environ 18 500 personnes, et quelque 120 000 emplois dépendent de l’ouverture des remontées. Laurent Reynaud le résume ainsi : « les loisirs des uns sont le travail des autres ».

En effet, la liste est longue : pisteurs-secouristes, conducteurs d’engins de damage et de remontées, mais aussi moniteurs, loueurs, hébergeurs, restaurateurs, fabricants et équipementiers. Mon invité ajoute que les fournisseurs installés dans les vallées doublent encore la mise. C’est la partie immergée de l’iceberg, celle que l’on oublie le plus souvent.

Par ailleurs, les exploitants réinvestissent environ 30 % de leur chiffre d’affaires, soit 555 millions d’euros en 2025 selon Domaines Skiables de France. Autrement dit, près d’un tiers du prix du forfait repart dans de nouvelles remontées, des engins de damage ou des applications. L’objectif, selon lui : rester compétitif et proposer une expérience adaptée à la clientèle d’aujourd’hui.

Taxe Montagne : l’économie du ski irrigue aussi les vallées

La taxe Montagne est payée par les seuls exploitants de remontées mécaniques. D’après Laurent Reynaud, elle représente environ 100 millions d’euros par an, reversés aux communes supports de station et aux départements.

Cet argent soutient l’agriculture de montagne, le mouvement sportif et la promotion touristique. Il finance aussi des services publics ouverts toute l’année : crèches, médiathèques, maisons de santé. Mon invité parle d’une économie de ruissellement, où les flux touristiques de l’hiver font vivre la population permanente.

Je lui demande si cette taxe est juste. Il répond par l’écosystème : exploitants, communes et commerçants sont liés. « On gagne ensemble ou on perd ensemble », dit-il. Pour lui, l’essentiel reste que cet argent serve à préparer l’avenir des stations.

Eau et pastoralisme : un partage revendiqué

En montagne, les éleveurs étaient là avant les skieurs. Laurent Reynaud le reconnaît d’emblée. L’été, les pistes redeviennent des pâturages, et ce que mange la vache se retrouve dans le reblochon, le beaufort ou le comté. Les travaux de végétalisation doivent donc respecter des cahiers des charges d’AOP très précis.

Ensuite vient la question de l’eau. Selon lui, le changement climatique frappe plus fort l’été que l’hiver, et les sécheresses se multiplient. La profession s’est donc engagée à partager l’eau de ses retenues avec les éleveurs quand leurs sources se tarissent. « Elle ne nous appartient pas », affirme-t-il. Il ajoute que la neige fond au printemps et retourne aux sols : le cycle de l’eau serait ainsi respecté.

Ces retenues ont pourtant fait débat. Je lui pose donc la question telle qu’elle se pose sur le terrain, et c’est à vous de juger sa réponse à l’écoute.

Petites stations, éco-engagements et 2027 : ce qui reste à trancher

Le congrès de Valence s’ouvre sur la solidarité. Les petits sites proches des villes sont des pépinières de skieurs, mais certains ferment. La profession veut donc jumeler chaque petit site avec une grande station. Selon Laurent Reynaud, 40 jumelages existent déjà, sur une centaine de stations à accompagner.

À lire : Congrès Domaines Skiables de France 2026 : ce qui se joue

Côté environnement, la charte d’éco-engagement concerne tous les exploitants. « C’est tout le monde ou personne », insiste mon invité. Elle prévoit le démontage d’une trentaine d’installations abandonnées, un plan de sobriété hydrique et une baisse des émissions de carbone. La profession se dit à plus de 80 % de ses objectifs et vise zéro émission nette bien avant 2050.

Enfin, 2027 approche avec ses élections et l’application de la loi Montagne 3. Quelle place pour le ski et la diversification demain ? La question reste ouverte. Pour la réponse de Laurent Reynaud et son message lancé depuis le sommet, je vous laisse écouter l’épisode jusqu’au bout.

Podcabine, le podcast qui prend de la hauteur

Des entretiens avec celles et ceux qui font la montagne, enregistrés dans une cabine de remontée mécanique, le temps d’un aller-retour.

🎙️ Animé par Michaël Carminati. Montage : Léo Carminati. Production : Alexandre Bérard.

Où écouter Podcabine ?

🎧 Tous les épisodes sont à écouter sur :

Suivre Podcabine

📬 S’abonner la newsletter Podcabine

FAQ : La montagne française au sommet, avec Laurent Reynaud

Combien de journées-skieurs en France en 2025-2026 ?

Selon Domaines Skiables de France, les stations françaises ont enregistré 56,1 millions de journées-skieurs lors de la saison 2025-2026. La France redevient ainsi la première destination mondiale du ski, devant l’Autriche et les États-Unis. C’est la troisième meilleure saison de son histoire.

Combien d’emplois dépendent des stations de ski en France ?

Les domaines skiables emploient environ 18 500 personnes. Quelque 120 000 emplois dépendent de l’ouverture des remontées mécaniques : moniteurs, loueurs, hébergeurs, restaurateurs ou fabricants. Les fournisseurs installés dans les vallées s’y ajoutent.

Que représente l’économie du ski pour les territoires de montagne ?

L’économie du ski fait vivre les stations mais aussi les vallées. Les exploitants réinvestissent environ 30 % de leur chiffre d’affaires, soit 555 millions d’euros en 2025. Ils versent aussi environ 100 millions d’euros par an de taxe Montagne aux communes et aux départements.

À quoi sert la taxe Montagne payée par les remontées mécaniques ?

La taxe Montagne est reversée aux communes supports de station et aux départements. Elle finance l’agriculture de montagne, le sport et la promotion touristique. Elle soutient aussi des services publics ouverts toute l’année, comme des crèches, des médiathèques ou des maisons de santé.

Les stations de ski partagent-elles l’eau de leurs retenues avec les éleveurs ?

Oui, Domaines Skiables de France s’est engagé à mettre l’eau des retenues à disposition des éleveurs quand leurs sources se tarissent en été. Les sécheresses estivales deviennent plus fréquentes avec le changement climatique. La profession estime que cette eau ne lui appartient pas.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Prendre de la hauteur pour explorer les grands enjeux de l'aménagement en montagne. Bienvenue dans notre Podcabine

Comme en gravissant un sommet, chaque mètre gagné élargit l'horizon : comprendre la complexité des territoires de montagne, leurs défis et leurs opportunités, et oser questionner la construction du futur alpin avec un regard neuf et ambitieux.

Monter plus haut… pour voir plus loin.

Des entretiens enregistrés dans une cabine, parfois en pleine montée, le temps d'un aller-retour.